Au bord de toi

Les mâts grinçaient comme des vertèbres fatiguées,
et j’ai senti nos silences se fendre sous le vent.
On a pris le large sans se le dire,
un débrayage du cœur,
une mer intérieure qui ne retrouve plus la côte.
Les voiliers tremblaient dans le port,
comme s’ils répétaient nos adieux à contretemps.
On a dérivé plus vite que les marées,
sans vraiment choisir la rive où s’échouer.
Je garde ton absence amarrée en moi,
une corde fine qui tire quand je respire.
Ton nom traîne dans mes poches,
grain de sable qui râpe quand je marche.
On fait semblant d’avoir tourné la page,
mais certains liens ne se défont qu’à moitié.
Alors je reste là, face au port,
à regarder les bateaux hésiter sous la lumière.
On croit partir droit,
mais on dérive toujours un peu
vers ce qu’on n’a pas su garder.