Le bruit de l’absence


Il avançait dans la ruelle comme un fantôme qui refuse de comprendre qu’il n’a plus vraiment sa place.
La ville brillait autour de lui, mais lui ne reflétait plus rien.
Depuis qu’elle était morte, la maison puait l’absence, elle sonnait creux, les murs avaient perdu la mémoire.
Les enfants ne venaient plus que par obligation, avec leurs sourires pressés et leurs phrases toutes prêtes, celles
qu’on dit pour se donner bonne conscience, jetées comme des pourboires : “Tu vas bien ? Faut qu’on file.”
Il le savait. Il se savait. Un poids. Une charge. Un truc qu’on évite.
Et dans ses nuits trop longues, il imaginait la mort approcher comme une salope patiente, qui te regarde t’effriter jour après jour avant de t’achever proprement. Il avait peur, oui. Pas de crever, mais de disparaître, de ne laisser rien derrière, pas même une ombre, être avalé, effacé, remplacé.
De ne plus exister dans la tête de personne.
Alors il continuait à marcher, tête basse, parce qu’à son âge il ne restait plus que ça : avancer, encore un peu, tant que les jambes tiennent, tant que la lumière ne s’éteint pas.