Le goût du sel


Le sel me fendait les lèvres, comme si la mer voulait m’user jusqu’au bout.
Le vent tirait sur mes cheveux avec la même violence que les souvenirs qu’on essaie de noyer.
Les amitiés perdues ne laissent rien derrière, juste un vide qui gratte jusqu’au sang.
On avançait sans un mot, chacun traînant ses fantômes à bout de bras.
Chaque vague cognait comme un reproche, et j’ai compris que jamais rien ne revient vraiment.
Alors on marchait malgré tout, sales, fatigués, cabossés ; avec cette obstination des vivants qui refusent de s’effondrer.