Tu es parti sans prévenir.
Juste le vide. Propre, net, presque appliqué.
Au début, j’ai cru à un accident.
C’était plus simple.
Plus digne aussi, pour toi.
Puis j’ai compris.
Tu n’étais pas tombé.
Tu t’étais retiré.
Comme on retire une main d’un feu
avant que la douleur ne devienne intenable.
Sans doute t’en demandais-je trop.
Sans doute que tu n’avais pas les épaules
du père que j’aurais voulu faire de toi.
Tu as choisi la facilité.
Disparaître, c’est encore une manière de ne pas répondre.
Et me laisser avec mes questions.
C’était donc ça, toi.
Un homme qui s’efface
plutôt que de dire non.
Je te méprise parfois.
Pour ta lâcheté tranquille,
pour cette manière d’avoir disparu
sans même assumer la violence du geste.
Le pire n’est pas ton absence.
Le pire c’est de continuer à t’aimer,
dans un espace où tu n’existes plus.