Elle cavale
pas par choix,
par dressage.
Le temps lui crache dans le dos,
un molosse sans laisse, sans pause.
Ça mord, ça presse, ça broie les minutes
jusqu’à faire saigner les heures.
On vit sous perfusion d’urgence,
branchés à des journées sous vide,
remplies de rien ; du bruit, des tâches,
des miettes d’existence qu’on avale sans mâcher.
Plus personne ne s’arrête,
on carbure au manque, à la peur de rater,
on confond mouvement et vie,
et le cœur devient une machine qui tourne à sec.
Tout s’accélère, tout se dilue,
les visages passent comme des fautes de frappe.
Même nos souvenirs bégayent,
même nos désirs sentent le plastique.
Et quand ça ralentit un peu,
juste assez pour entendre le fond,
ça remonte d’un coup, brutal :
ce vide sale, poisseux,
cette sensation d’avoir tout traversé
sans jamais rien toucher.